Madeleine Vionnet, le créateur des créateurs

La Robe de la Mariée, Une
20 juillet 2011 - Un commentaire

Madeleine Vionnet dans son studio avenue montaigne vers 1930Aujourd’hui, j’aimerais vous faire partager un de mes petits souvenirs…

En 2009, je suis allée faire un tour aux Arts Décoratifs. Et je suis tombée amoureuse… Non, ce n’était pas Lulu ! Je suis tombée amoureuse de Madeleine Vionnet, une des plus grandes couturières du XXe siècle. Je suis restée une heure devant chaque robe, à la fois émerveillée et surprise par la beauté de tant de simplicité.

Car Madeleine a lutté pour nous, les femmes. Elle a mis son génie au service de notre bien-être, permettant l’émancipation du corps féminin et sublimant nos corps et nos silhouettes.

Après avoir appris la couture chez la femme du garde champêtre, elle a travaillé dans une maison de couture londonienne où elle se passionne pour la sublime danseuse Isadora Duncan, qui lui inspire ses premiers travaux de drapé. Puis elle part chez les sœurs Callot avant de rejoindre Jacques Doucet qui lui confie le soin de « rajeunir » sa maison.

Mais dans cet univers, Madeleine dénote avec ses idées avant-gardistes : pour elle, « le corset, c’est une chose orthopédique ».

Madeleine Vionnet et son mannequinEn 1912, elle s’installe donc à son compte, rue de Rivoli, afin de servir les femmes libérées. Malheureusement, elle doit fermer sa propre maison de couture entre 1914 et 1918, à cause de la guerre.

En 1923, elle s’installe avenue de Montaigne et crée un véritable univers Art Déco où se presse une clientèle internationale. Mais Madeleine est aussi une femme engagée ! Précurseur pour l’époque, elle installe des services sanitaires et sociaux pour ses employées et leur accorde même des congés payés et des congés de maternité. Elle ferme sa Maison en 1939, une nouvelle fois à cause de la guerre.

Consciente que la couture appartient au patrimoine français collectif, elle fait don à l’Union Française des Arts du Costumes de près de 122 robes, 750 toiles, 75 albums photos, de ses livres de comptes et d’ouvrages issus de sa bibliothèque personnelle. Voilà tout ce que j’ai pu contempler aux Arts Décoratifs.

Madeleine Vionnet - Photographie de depot de modèle collection été 1935Qu’est-ce qui fait que Madeleine est une couturière si douée ?
Le plus de Madeleine, c’est la structure et le décor du vêtement. Elle atteint une pureté absolue des lignes, maîtrise parfaitement les propriétés intrinsèques du textile, la coupe du vêtement et le placement sur le corps. Elle maîtrise la coupe en biais (on parle de biais quand le patron est posé dans la diagonale du tissu) dont la technique permet au vêtement de tomber différemment. Le biais donne une plus grande élasticité et les ourlets souples décrivent des godets et font virevolter la silhouette.

Passionnée par l’Antiquité, elle a réinventé le drapé libre, qui libère la femme des coutures et autres attaches. Elle a su donner au tissu des robes, un flottement léger, qui moule le corps de la femme sans pour autant le contraindre.

Puis, elle s’intéresse aux formes géométriques, notamment le carré et le rectangle avant de s’attaquer au cercle. « le couturier se doit d’être un géomètre du corps humain, de réaliser des figures géométriques auxquelles le tissu doit correspondre ». Elle agrémente aussi les pièces avec des motifs floraux qu’elle brode, coupe, tresse, incise sur du tulle, de la laine ou de la fourrure. Chez Madeleine, vous ne retrouverez que quelques couleurs : du rouge, du jaune mais surtout du blanc et du noir.

Madeleine Vionnet - Photographie de dépôt de modèle, collection été 1938Avant l’icône Coco Chanel, Madeleine Vionnet a inspiré les grands créateurs d’aujourd’hui. Car si très peu de personnes la connaissent, ce n’est pas le cas de nos créateurs. Ses créations uniques, la coupe en biais, le cou de capot, la robe mouchoir restent aujourd’hui encore des références pour les plus grands noms de la couture. Karl Lagerfeld avoue que « tout le monde, qu’il le veuille ou non, est influencé par Vionnet » et Jean-Paul Gaultier, que « Madeleine Vionnet a symbolisé l’apogée de la haute couture ».

A l’instar de nos créateurs, Madeleine a su s’entourer des plus grands talents de son époque : les broderies de Lesage, les souliers de Massaro, les fragrances de Coty, les verreries de Lalique, tous rassemblés dans un salon de couture exceptionnel : de la création à l’accueil de ses clientes, la maison Vionnet ne fait aucun compromis.

Madame Madeleine, considérée comme « le couturier des couturiers », m’a faite rêver et en ressortant de cette exposition, je me suis promis de lui rester fidèle. Peut-être que mon souvenir vous donnera des idées pour votre robe de mariée !

Madeleine Vionnet - Dernière salle de l'exposition © La Parisienne

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Un commentaire

  • Flo a dit :

    Incroyable ces lignes déjà extrêmement modernes !!

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