Futur au Présent

Conseils et Astuces, Une
3 juin 2014 - Aucun commentaire

Aujourd’hui je rencontre Océane, dont l’initiative Futur au Présent nous a beaucoup touchés !

Futur au présentPrésentez-nous Futur Au Présent

Futur Au Présent est une association de solidarité internationale qui travaille au Sénégal et plus précisément en Casamance, dans la région sud du pays.

Notre projet s’articule autour de trois pôles d’activité intimement liés : créer des programmes sociaux en faveur des populations locales et notamment de l’enfance défavorisée, autofinancer ces programmes par des Activités Génératrices de Revenus (AGR)et enfin, concevoir et alimenter ces actions en menant des travaux de recherche appliquée.

Au coeur de notre premier programme social se trouve notre engagement auprès des enfants en situation de rue et d’extrême vulnérabilité sociale. Le Centre d’accueil et d’hébergement FAP a ainsi ouvert ses portes en septembre 2012, à Ziguinchor, capitale de la Casamance. Depuis lors, notre équipe de travailleurs sociaux oeuvre chaque jour à sortir de la rue les enfants qui y « vivent » et à mettre à l’abri les enfants en situation de danger (maltraitances ou négligences graves en milieu familial).

Futur au présent

Futur au présentUn nouveau projet complétera bientôt l’action menée au travers du Centre d’accueil et d’hébergement : la construction d’une Maison de l’Education. Cette structure est destinée à accueillir et scolariser les enfants qui sont en situation de travail précoce et tout particulièrement les petites filles. L’objectif est de leur permettre de « sortir » du travail, d’être scolarisées et de les accompagner tout au long de leur parcours par un soutien scolaire et psychosocial attentif, pour leur permettre de réussir. La Maison de l’Education est en cours de construction, elle ouvrira ses portes en septembre 2014.

Les Activités Génératrices de Revenus, par la production de denrées alimentaires directement commercialisables, ou encore par le développement d’autres activités solidaires en Casamance permettront, à terme, non seulement de soutenir mais surtout d’autofinancer les programmes sociaux susmentionnés. Si ces activités ne produiront pleinement leurs effets qu’à moyen terme, les résultats des premières AGR ont d’ores et déjà permis de dégager des bénéfices qui ont pu être directement réinvestis dans le travail social.

Futur au présentEnfin, les travaux de recherche menés en partenariat avec des enseignants chercheur de l’Université Lyon 2 et l’Université de Ziguinchor permettent à l’association de maintenir une réflexion constante sur l’environnement social dans lequel elle évolue, notamment grâce à la réalisation d’enquêtes de terrain régulières, mais aussi de favoriser une autoréflexivité sur le projet FAP en lui même et sur les actions engagées.

Combien êtes-vous et qui êtes-vous ?

FAP est le fruit d’une rencontre forte entre travailleurs sociaux du Nord et du Sud, soucieux d’apporter des réponses durables à la problématique des enfants travailleurs et des enfants en situation de rue. De cette rencontre est née l’organisation FAP et le projet de développer des actions sur le terrain à destination des enfants de Ziguinchor.

Futur au présentIl y actuellement 24 personnes – salariés, stagiaires et bénévoles – qui travaillent au sein de FAP au Sénégal :
– Une équipe de 10 personnes au Centre d’accueil parmi lesquelles : une assistante sociale diplômée d’Etat (Présidente de l’association et responsable des programmes sociaux), un coordinateur social, un éducateur spécialisé, trois animateurs sociaux, deux tatas qui accompagnent les enfants au quotidien, assurent les repas et l’entretien de la maison ainsi que deux agents de sécurité qui assurent le gardiennage.
– Une équipe de 7 personnes s’occupent des AGR parmi lesquelles un ingénieur responsable des AGR, un coordinateur, un expert horticole, deux stagiaires spécialistes en agronomie (dont un agronome diplômé) ainsi que deux stagiaires en gestion de projet.
– Une équipe composée de 2 stagiaires s’occupe du montage de projets et de la recherche de fonds.
Futur au présent– Enfin une équipe de 5 personnes, enseignant-chercheur et étudiants d’universités française et sénégalaise, est chargée de réaliser le programme de recherche « Inégalités dans le monde de l’enfance ».

En France, l’association compte 6 personnes parmi lesquelles un universitaire, une administratrice civile, une comptable et des étudiants de grandes écoles chargés de la prise en charge et de la gestion des projets de l’association depuis la France.

Qui sont les enfants que vous aidez ?

Nous venons en aide à ceux qu’on appelle les « enfants des rues ». S’il parait simple, ce terme recoupe pourtant des réalités sociales très différentes. Les enfants des rues ce peuvent être des enfants qui vivent et dorment dans la rue et ce parfois depuis une longue période, mais pas seulement.

Futur au présent

Ce sont aussi des enfants qui passent trois ou quatre nuits dehors, retournent au domicile familial pour un soir ou deux, puis repartent dans la rue. Ces allers-retours sont très fréquents. Ce sont aussi parfois des enfants qui ont un domicile, où ils peuvent dormir chaque soir, mais qui passent leurs journées dans la rue, depuis très tôt le matin jusqu’à très tard le soir. Ces enfants sont pour la plupart totalement livrés à eux-mêmes, la famille n’ayant souvent pas les moyens de les prendre en charge.

Si tous ces enfants sont recueillis à Ziguinchor, ville dans laquelle le Centre d’accueil a été créé, ils n’en sont pas pour autant tous originaires, loin s’en faut. Ils viennent aussi de villages éloignés (de haute Casamance notamment), ralliant ainsi la capitale de la région. D’autres viennent encore de pays frontaliers, notamment de Guinée Bissau, ayant passé la frontière avec un membre de leur famille, ou des connaissances auxquelles ils ont été confiés, pour venir chercher du travail au Sénégal.

Futur au présentLe Centre d’accueil est organisé de façon à atteindre les enfants vivant ces différents types de situations.

Parlez-nous des actions que vous menez

Nos actions s’organisent ainsi autour de nos trois pôles d’activités : les programmes sociaux en direction des enfants défavorisés, les Activités Génératrices de Revenus (AGR) ainsi que les travaux de recherche.

En matière de programmes sociaux, le dispositif mis en place permet d’atteindre les enfants dans tous types de situation de rue. Une équipe mobile réalise ainsi deux fois par semaine des descentes dans les rues de Ziguinchor. Le but de ces maraudes est à la fois d’identifier les enfants et d’instaurer une relation de confiance avec eux, afin de favoriser leur prise en charge. Simultanément, l’association réalise un large travail d’information afin de construire un réseau de personnes relais dans les quartiers qui puissent donner l’alerte lorsqu’un enfant se trouve en situation de danger.

Les enfants qui viennent ou vivent au Centre y sont donc arrivés soit par l’intermédiaires des maraudes, soit par des personnes relais (chef de quartier, parents, chauffeurs de taxi etc.). Certains d’entre eux y viennent même désormais de leur propre initiative, ayant pris connaissance de l’existence du Centre par ces divers canaux d’information.

Les enfants sont accueillis dans le Centre 24/24h et 7/7j. Ils y sont totalement pris en charge (hébergement, alimentation, soins, vêtements etc.). Ils disposent ainsi d’un lieu sûr, où ils peuvent se reposer, manger, se laver, se vêtir correctement, se soigner et s’amuser. L’accompagnement psycho-social personnalisé dont ils bénéficient leur permet de commencer un long travail de reconstruction après les épreuves de la rue. En complément, des animations socio-éducatives (jeux, sports, danse etc.) sont organisées quotidiennement. Des cours d’alphabétisation, premier pas vers la réinsertion scolaire, leur sont donnés par un instituteur 6 heures par semaine. Lorsqu’ils restent durablement au Centre les enfants sont scolarisés, ou s’ils ne le peuvent ou refusent de l’être, choisissent la formation professionnelle de leur choix. Enfin, FAP a mis en place une antenne médicale, ouverte aux enfants de la ville qui n’ont pas accès aux soins en raison de leurs coûts. Plus de 1 500 enfants ont eu recours à ces consultations l’année passée et la demande ne cesse de croître.

Futur au présentL’ensemble du processus d’accueil et d’hébergement, dès l’arrivée de l’enfant au Centre, se déroule sous le contrôle des autorités administratives concernées : les services de l’Assistance Educative en Milieu Ouvert (AEMO-Ministère de la Justice) et le Tribunal pour enfants qui délivre une ordonnance de garde provisoire lorsque l’enfant doit être hébergé durablement, condition pour qu’il soit pris en charge.

Futur au présentAfin de permettre aux enfants qui le souhaitent de réintégrer leur famille, les professionnels collectent les informations nécessaires et recherchent les familles. Lorsqu’ils parviennent à les retrouver, ils réalisent la (ou les) médiation(s) qui sont le préalable au retour : l’objectif est de vérifier que l‘enfant peut rentrer en toute sécurité, qu’il existe les conditions minimums lui permettant de réintégrer durablement sa famille et de ne pas retourner à la rue quelques semaines ou mois plus tard. FAP organise alors le rapatriement de l’enfant et un suivi post-retour régulier.

Depuis l’ouverture du Centre,
– 1 233 enfants ont bénéficié des services de l’accueil de jour,
– 1 426 ont reçu des soins médicaux (hors soins mineurs)
– 32 085 repas ont été servis
– 320 heures d’alphabétisation et 168 heures de soutien et renforcement scolaires ont été dispensées
– 234 séances d’activités socio-éducatives ont été organisées
– 107 enfants ont été sortis de la rue, 76 hébergés et pris en charge durablement au Centre, 31 identifiés et pris en charge par l’accueil de jour.
– 83 ont pu retrouver leur famille.

Futur au présentAu 31 décembre 2013,
24 enfants sont hébergés au Centre, 17 étant scolarisés, 7 placés en formation professionnelle.

Concernant les Activités Génératrices de Revenus (AGR), FAP a pour ambition de mettre en place des activités économiques dont l’objectif est de pérenniser et de viabiliser financièrement ses programmes sociaux. Ces activités sont pensées et construites de façon à contribuer au développement du tissu économique et social local. Afin de minimiser les impacts sur l’environnement, de respecter la dignité humaine et de répartir équitablement les richesses produites, ces activités économiques sont mises en œuvre selon les principes d’écologie responsable et de développement durable. Dans un pays comme le Sénégal, et particulièrement en Casamance, où le secteur agricole est en friche, la revalorisation des terres représente un véritable enjeu économique.

Les premières AGR mises en place au cours de l’année 2012 (un site de maraîchage, une activité rizicole et une exploitation porcine) ont commencé à porter leurs fruits à partir du mois de juin 2013. Au total, elles ont produit un bénéfice total de 6 092 € au deuxième semestre de l’année 2013. Grâce à ces premiers revenus, les AGR prennent toute leur place dans le projet de Futur Au Présent, complétant le modèle que l’association veut promouvoir.

Futur au présentD’autres activités sont aujourd’hui en cours de réalisation ou à l’étude. Un projet de ferme agricole intégrée est ainsi en plein démarrage de sa première phase d’exploitation. A terme, ce sont 8 hectares de terre qui seront cultivés et dont la production et la commercialisation de fruits et légumes, de céréales et de viandes, participeront directement à l’autosuffisance financière du Centre d’accueil. De plus, cette activité agricole est également utilisée comme support de formation pour les enfants du Centre, enfants jeunes travailleurs de Ziguinchor et populations rurales voisines.

Enfin, les travaux de recherche ont pour objectif d’accompagner et de soutenir le projet de FAP en réunissant les connaissances nécessaires pour agir au plus près des ressources et besoins du terrain. Fonder son action sur des connaissances trop incomplètes ou approximatives, parfois même trop chargées d’idéologie, c’est souvent risquer d’affecter largement les résultats escomptés.

En amont comme en aval de l’action, nous avons besoin d’un travail suivi de recherche. Il n’y a pas d’un côté la recherche théorique et de l’autre l’action pratique : l’une et l’autre doivent se nourrir mutuellement, chacune a besoin de l’autre, chacune peut stimuler l’autre et générer des connaissances utiles à tous, à commencer par les acteurs et les populations concernés par ces programmes d’action. C’est le sens du partenariat entre les Universités de Ziguinchor et de Lyon 2, partenariat dont nous souhaitons qu’il soit un tremplin vers des connaissances mises au service de tous et vers des échanges plus étendus. Une première recherche sur les inégalités dans le monde de l’enfance en Casamance est actuellement en cours.

Futur au présentAvez-vous une anecdote ?

Il y a quelques jours un nouvel enfant est arrivé au Centre. En situation de rue depuis quelques années déjà, il a commencé très tôt à vivre de petits boulots, en faisant la ferraille ou en rendant de petits services.

Il est assez courant en effet, notamment dans les familles les plus pauvres, que les enfants livrés à eux-mêmes cherchent dans la rue le moyen de gagner un peu d’argent. Souvent, l’argent recueilli sert à l’enfant pour s’acheter de la nourriture, mais peut aussi être ramené au foyer déserté, notamment à la mère de famille. Les ainés se trouvent souvent dans ce second cas de figure, portant « naturellement » la responsabilité d’assurer la survie de la fratrie.

Cet enfant que nous accueillons au Centre a donc passé la majeure partie de sa vie à travailler. Lorsqu’il arrive au Centre il se repose, mange et dort convenablement, puis commence à intégrer doucement le groupe d’enfants.

Quelques jours après son arrivée l’enfant va voir la responsable du Centre et lui demande « Qu’est-que je dois faire pour rester ici ? ». La responsable lui répond qu’il n’a rien « à faire » pour rester ici s’il le souhaite et que le Centre est un lieu dédié aux enfants qui en ont besoin. « Mais je ne dois pas aller travailler ? » lui a t-il répondu. La réponse évidement négative de la responsable et son explication ont laissé l’enfant perplexe quelques minutes avant qu’il ne demande à nouveau « Mais pourquoi alors faites-vous ca ?« .

Futur au présentS’il aurait été compliqué d’expliquer la raison pour laquelle FAP s’est engagé auprès de ces enfants avec ces mots, c’est pourtant de voir cette marque profonde, chez tous les enfants qui nous arrivent, de l’ampleur du phénomène de travail précoce et de la banalisation des situations de mise en danger des enfants qui nous pousse chaque jour à continuer de faire vivre le projet Futur Au Présent.

Votre rêve pour demain ?

Ne plus avoir de raisons d’exister.

Merci Océane, c’est une belle initiative, à découvrir plus amplement sur votre site Futur au Présent !

Crédit photos 1,3,4 et 5 : Pierre Prétot

Commentaires Facebook

Laisser une réponse

Ajoutez votre commentaire ci-dessous, ou ajoutez un trackback de votre propre site. Vous pouvez également souscrire aux RSS de ces commentaires.